lundi 24 décembre 2012

occupation autrichienne à Saint-Chamond en 1814-1815 : vestiges graphiques

maison 616 St-Ennemond

 

occupation autrichienne

à Saint-Chamond en 1814-1815

 

Diapositive1
une maison numérotée "616" dans la Grand'rue de Saint-Ennemond

 

contexte historique général

En 1814 et surtout à partir de 1815, la France connu une occupation massive de son territoire par les armées ayant vaincu Napoléon 1er. En 1814, le premier traité de Paris (30 mai), n'envisage pas d'occupation ni de versement d'indemnités. Mais après la défaite de Waterloo (18 juin 1815), on compte à l'été 1 236 000 soldats étrangers cantonnés en France.
Et le second traité de Paris (20 novembre 1815) contraint la France au paiement d'une indemnité de guerre de 700 millions et à une occupation militaire de 150 000 hommes pendant cinq ans.

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carte de l'occupation de la France en 1815
source Wikipedia

Il n'existe pas, à ma connaissance, d'étude synthétique, en langue française, sur cette occupation mais de nombreux travaux locaux et régionaux.

Dans leur livre La France des notables (Nouvelle histoire de la France contemporaine, n° 6, Points-Seuil, 1973), André Jardin et André-Jean Tudesq livrent tout de même une vue d'ensemble de cette période :

France notables couv

- "Après les 150 000 Anglo-Prussiens, vainqueurs à Waterloo et parvenus 14 jours plus tard aux portes de Paris, le gros des armées alliées déferla sur le pays de juillet à septembre. Au début de ce dernier mois, il y avait plus de 1 200 00 soldats étrangers sur le sol français : Anglais, Russes, Prussiens, Autrichiens, Bavarois, Wurtembergeois, Hessois, Badois, Danois, Suisses, etc. Les Espagnols eux-mêmes, bien qu'en paix avec la France, firent deux brèves incursions en direction de Bayonne et de Perpignan.

Juridiquement les coalisés étaient les alliés du roi de France qui avait adhéré au traité du 25 mars contre contre l'usurpateur [Napoléon 1er]. Et les chefs de corps avant de franchir la frontière proclamaient que leurs troupes venaient en amies. En fait, aux yeux de toute l'Europe, la masse des Français semblaient s'être ralliée à Napoléon 1er et il s'agissait de faire payer au peuple vaincu la nouvelle alerte qui avait forcé les autres peuples à repartir en guerre. On lui ferait supporter la dure loi de la conquête, puisqu'il n'avait pas compris la modération relative de 1814. On le forcerait aussi à payer les frais de la nouvelle mobilisation en lui faisant nourrir, loger, habiller les soldats de la coalition.

Ce fut d'abord une ruée des frontières de l'Est et du Nord en direction de Paris. Déjà endettés, les départements de l'Est, qui avaient été foulés par l'invasion de 1814, puis avaient subi de multiples réquisitions lors des Cent-Jours, furent ruinés par les exigences les plus diverses. Puis, le 24 juillet, l'occupation fut organisée : l'ensemble des territoires qui y étaient soumis comprenait en tout ou en partie 61 départements, ne laissait libre au nord de la Loire qu'une partie de la Bretagne et du Cotentin ; il débordait le cours supérieur de ce fleuve et le cours inférieur du Rhône et atteignait la Méditerranée.

caractère arbitraire de l'occupation

L'occupation ainsi stabilisée n'en garda pas moins son caractère arbitraire : saisie de fonds publics, contributions en argent levées sur les aisées, livraison de draps, de chemises, de chaussures, fourniture de subsistances en pain, en viande, en vin, de fourrages. Mais les règles que prescrivaient les intendances étaient dépassées dans la pratique : les indemnités de table exorbitantes allouées aux officiers n'empêchaient point des réquisitions, les soldats consommaient par jour jusqu'à dix bouteilles de vin ou un litre d'eau-de-vie, les hôpitaux affectés aux alliés devinrent d'étonnants centres de suralimentation.

Si les biens publics étaient saccagés, les particuliers étaient soumis aux exactiuns les plus diverses : leurs récoltes saisies, leurs femmes ou leurs filles violées, les maisons incendiées. Des destructions systématiques d'oeuvres d'art au gaspillage le plus stupide, tout concourait à l'appauvrissement du pays. Les fonctionnaires qui tentaient de résister étaient durement sanctionnés ; des garnisaires s'installaient chez les préfets (plusieurs furent déportés en Allemagne), les maires et les percepteurs étaient rossés. La réputation de certains corps devint telle que la population s'enfuyait dans les bois à leur approche.

ce
campement des Cosaques sur les Champs-Élysées en 1815

Il faut cependant apporter quelques nuances à ce tableau : les Anglais gardèrent une discipline stricte et, exigeants sur l'exécution de leurs réquisitions, furent relativement modérés ; Wellington, hostile aux actes arbitraires, par tempérament de gentleman et aussi parce qu'il craignait une révolte désespérée des Français, stigmatisait durement les excès des troupes des Pays-Bas placées sous ses ordres ; les Russes, eux aussi, se montrèrent souvent disciplinés et sans haine, sauf les cosaques qui, anarchiques et pillards, semaient partout une véritable terreur ; quant aux Autrichiens, ils commerçaient de tout, des coupes de bois au tabac et au papier timbré, qu'ils saisissaient pour le revendre ensuite au-dessus du prix légal ; les plus redoutés, les plus haïs des occupants étaient cependant les Prussiens et les soldats des États allemands jadis occupés par les troupes de Napoléon. Avec eux, les brimades étaient systématiques. Blücher lui-même campait en soudard au château de Saint-Cloud, donnant l'exemple de la rapine.

Le gouvernement français avait dû, à la demande des alliés, licencier l'armée de la Loire. Il ne lui restait que la persuasion : dès le 9 juillet, il avait créé une Commission nationale des réquisitions qui tenta d'obtenir de la Commission interalliée de cenbtraliser toutes les demandes.
Elle dut se borner à transmettre les plaintes des préfets au gouvernement. Celui-ci obtint cependant que les alliés laissassent fonctionner l'administration française, moyennant le versement de 50 millions destinés à la subsistance de leurs troupes (auquel s'ajouta une indemnité d'habillement et d'équipement de 120 francs par homme), payables par mensualités ; pour parer au plus pressé, le gouvernement leva un emprunt extraordinaire de 100 millions sur les riches. Mais les sommes déjà prélévées ne furent pas déduites de ces versements et, en fait, bien des exactions continuèrent.

Ce fut seulement lorsqu'ils décidèrent d'imposer à la France un nouveau traité que les alliés commencèrent au milieu de septembre à desserrer l'étau et à évacuer le territoire occupé." (op. cit., p. 31-33).

André Jardin et André-Jean Tudesq

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Cependant le ministre Richelieu parvient habilement à rembourser l'indemnité en trois ans et obtient définitivement l'évacuation des troupes alliées dès 1818 lors du traité d'Aix-la-Chapelle d'octobre 1818. Les soldats devaient partir dès le mois de novembre.

M.R.

 

la situation à Saint-Chamond, 1814-1815...

L'histoire de l'occupation autrichienne à Saint-Chamond est encore à écrire. En 1814, le 21 mars, la ville de Lyon fut occupée par les Autrichiens qui, trois jours plus tard se trouvaient à Saint-Étienne avec 5 000 soldats. Ils ont donc dû passer par Saint-Chamond.
En 1815, l'occupation de Saint-Étienne débuta le 31 juillet et prit fin à la mi-septembre (voir l'article détaillé de R. Grataloupt sur forez-info.com).

À Saint-Chamond, j'avais commencé à étudier les archives portant sur les réquisitions effectuées par les troupes autrichiennes... mais je ne retrouve plus mes notes et, de toute façon, le travail était lacunaire. Par contre, l'inscription sur la maison de la Grand'rue de Saint-Ennemond a été élucidée par l'archiviste de Saint-Chamond, Samuel Bouteille.

Diapositive1
la maison au numéro 616,
datant de l'occupation autrichienne en 1815

Ce dernier me précise que l'inscription remonte à : "1814, date à laquelle la France est envahie par les troupes coalisées contre Napoléon. Parmi les envahisseurs, des Prussiens et des Autrichiens. Il semble que ce soit des Autrichiens qui ont été logés à Saint-Chamond en 1814. On retrouve leur trace dans les Archives municipales grâce à deux délibérations du Conseil municipal du 8 avril 1814 (1Dsc8), ainsi qu'à un "registre destiné à l'inscription des personnes sujètes au logement de la troupe", ouvert le 1er avril 1814 (2Hsc6). Celui-ci recense les 643 maisons réquisitionnées, dont la 616, située Grande Rue de Saint-Ennemond, où habitaient alors Jean Benoit Murgues, passementier, Jean-Baptiste Pelletier, cloutier, Benoit Françon, passementier, et Jean-Baptiste Péron dit Labranche, passementier également...".
Merci pour ces précisions.

Michel Renard
professeur d'histoire
au lycée de Saint-Chamond

 

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vendredi 20 janvier 2012

Langonand

route de Langonand

 

 

route de Langonand

 

route de Langonand
avant 1914
cliquer sur l'image pour l'agrandir

 

plan route de Langonand
cliquer sur le plan pour l'agrandir

 

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jeudi 19 janvier 2012

hôpital Beaujeu - lycée professionnel Saint-Ennemond

hôital Crpox-de-Beaujeu

 

 

ancien hôpital Beaujeu,

aujourd'hui lycée professionnel

 

 

hôital Crpox-de-Beaujeu

 

- aujourd'hui, cet édifice est le lycée d'enseignement privé Saint-Ennemond, localisé place de l'Égalité mais on y entre par la rue de l'Éternité.

 

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mercredi 18 janvier 2012

Théâtre soudanien

 théâtre soudanien 20 juin

 

une vie culturelle ouverte sur l'exotique

 

théâtre soudanien 20 juin
avant 1914

 - les costumes n'ont pas grand rapport avec l'Afrique soudanienne, à part le personnage central et les enfants... mais l'intention est là...

 

 

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vendredi 17 septembre 2010

qui était Ennemond Richard ?

Ennemond RIchard

 

 

Ennemond Richard

1806-1873

 

Urgent

Je recherche désespérément qui est Ennemond Richard qui a donné son nom au collège ! Merci d'avance !!

Posté par Guio Séverine, mercredi 8 septembre 2010 à 14:25



Réponse

Ennemond Richard (1806-1873), natif de Saint-Chamond, hérita de son père, industriel, l'entreprise de fabrique du lacet (Saint-Chamond et Annonay). Il est aussi connu comme l'auteur des Recherches historiques sur la ville de Saint-Chamond, ouvrage paru en 1846 et réédité en 1986 par les Amis du Vieux Saint-Chamond.

Son père, ancien officier d'infanterie lors de la campagne d'Italie (Bonaparte), s'installa à Saint-Chamond, travailla comme moulinier puis entreprit la fabrique du lacet à partir de 1807.

Personnalité locale reconnue, il fut nommé maire de la commune d'Izieux en 1827. En 1839, il céda ses usines à ses trois fils, dont Ennemond.
Ce dernier fut membre influent de la Chambre de Commerce de Saint-Étienne, de 1848 à 1871. En 1868, il était commissaire général du Comice, nommé par la Société impériale d'agriculture.

Michel Renard

 

 

industrie_lacet_St_Cham

 



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mardi 16 juin 2009

cité ouvrière Chavanne-Brun

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photos de l'ancienne

cité ouvrière Chavanne-Brun


L'ancienne cité ouvrière Chavanne-Brun à Saint-Chamond, appelée aujourd'hui "parc Chavanne", occupe l'espace situé entre la rue Pasteur et l'allée intérieure à cette cité surplombant, en parallèle, le parking de la médiathèque.

Diapositive1
la zone bleutée : l'espace de la cité ouvrière de Chavanne-Brun
(cliquer pour agrandir)


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reportage photographique du 16 juin 2009

 

 

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en bas, le parking de la médiathèque


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en bas, le parking de la médiathèque


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allée intérieure de la cité Chavanne


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allée intérieure de la cité Chavanne


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allée intérieure de la cité Chavanne


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allée intérieure de la cité Chavanne

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allée intérieure de la cité Chavanne

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allée intérieure de la cité Chavanne


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allée intérieure de la cité Chavanne


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ancienne guérite qui gardait l'entrée de la cité ouvrière

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rue Pasteur


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haut de façade, rue Pasteur

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détail du motif de décor


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rue Pasteur



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rue Pasteur



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rue Pasteur



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rue Pasteur

 

motif_d_cor


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dimanche 14 juin 2009

le Sillon de Marc Sangnier à Saint-Chamond

Le Sillon colleurs d'affiches



Le Sillon de Marc Sangnier

à Saint-Chamond

 

D_mandez_l_Eveil_d_mocratique
Le journal L'Eveil démocratique, bi-mensuel en
octobre 1905, devient hebdomadaire en octobre 1906
(c'est l'éditeur de la carte postale qui est de Saint-Chamond)

 

Dans la Loire, l'implantation de la "Jeune République" est antérieure à la guerre de 1914-1918. Un cercle existe alors dans la vallée du Gier, animé par La Sablière. En 1920, un congrès départemental est présidé à Saint-Chamond par Marc Sangnier en personne puis la "Jeune République" se répand dans tout le département : Saint-Etienne, l'Ondaine, le Pilat, la plaine, les Monts du Lyonnais et du Forez...

source : Forez-Info

 

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"les Camelots du bon Dieu", carte postale éditée par J. Gonin de Saint-Chamond


Le_Sillon_colleurs_d_affiches
Le Sillon, revue d'action démocratique,
carte postale éditée par le saint-chamonais J. Gonin

 

Le Sillon colleurs d'affiches

 

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marc_sangnier_1_

 








qui était Marc Sangnier (1873-1950) ?

Paris, 3 avril 1873 - 28 mai 1950        

Marc Sangnier a consacré sa vie et ses talents d'orateur et de journaliste à l'idée d'une démocratie fondée sur les forces morales et spirituelles de la foi chrétienne. Né dans une famille très pieuse de la grande bourgeoisie, il fait ses études à Paris, au collège Stanislas, tenu par les Marianistes, ouverts aux idées du catholicisme social prônées par le pape Léon XIII.

Déjà, il cherche à éveiller ses camarades à leurs devoirs  civiques et sociaux et collabore à la revue Le Sillon, fondée en 1894 par son ami Paul Renaudin. En 1899, Le Sillon se transforme en mouvement. Au sortir de l'École polytechnique, Sangnier renonce  une carrière d'officier pour en prendre la direction.          

Cherchant à réconcilier le catholicisme avec le régime républicain, Le Sillon s'est fixé pour but de "travailler à développer les forces sociales du catholicisme dans la société contemporaine". "Les beaux temps du Sillon" se consacrent à l'éducation populaire ; "le plus grand Sillon" s'ouvre aussi à tous ceux qui croient aux valeurs spirituelles et humaines.

Entre 1899 et 1910, à une époque où les idées dominantes de la Troisième République sont mises en cause, où s'installe un climat de religiosité et où émergent des préoccupations sociales, Le Sillon va marquer son influence sur de larges franges de la population française.

Marc_Sangnier___son_bureau

Mais son orientation démocratique, dans un milieu encore très choqué par l'expulsion des congrégations et la loi de séparation des Églises et de l'État (1905), son indépendance aussi vis à vis de la hiérarchie ecclésiastique, finissent par inquiéter. Le 25 août 1910, le pape Pie X condamne le mouvement dans une lettre aux évêques de France : Sangnier se soumet et dissout Le Sillon.

Il se lance alors dans l'action politique, fonde un journal, La Démocratie et, en 1912, un parti, la "Ligue de la Jeune République". Pendant la guerre de 1914-1918, il est chargé par Briand d'une mission en faveur de la paix auprès du pape. Député de Paris de 1919 à 1924, il se consacre entre les deux guerres à l'action pacifiste et organise de grands congrès démocratiques internationaux.

En 1929, à l'instar de Richard Schirmann en Allemagne, il introduit en France les Auberges de Jeunesse pour rapprocher les jeunes de tous les pays. À partir de 1932, il prend un certain recul avec l'action politique et fonde l'hebdomadaire L'Éveil des peuples et le Foyer de la Paix à Bierville (Seine-et-Oise), où il possédait une propriété.

Après la guerre, pendant laquelle il est arrêté, en 1944, par la Gestapo, son influence perdure : élu de nouveau député de Paris, il devient, à sa fondation, le président d'honneur du M.R.P.

Odile Gaultier-Voituriez
archiviste de la Fondation nationale des sciences politiques,
membre du conseil scientifique de l'Institu
t
- source


espritdemocratiquepagetitre

 

 

la vision de la démocratie chez Marc Sangnier

Faut-il le rappeler : Le Sillon (1) est d'abord une revue née en 1894. Au sein de cette publication d'élèves du collège Stanislas, Marc Sangnier issu de la grande bourgeoisie, bientôt polytechnicien, joue un rôle croissant. Il prend en 1898 la direction du Sillon qui devient un mouvement de jeunesse, de formation religieuse et sociale, et prend son essor à Paris et en province.

À partir de 1899, le Sillon se tourne vers l'action  démocratique et se place sur le terrain civique. Son écho s'accroît : 75 adhérents au premier congrès de 1902, 1 000 en 1904, 2 194 en 1909. À partir de février 1907, "le plus grand Sillon" veut rassembler 'toutes les forces qu'anime consciemment ou non l'esprit Chrétien", affirmant une perspective non confessionnelle. Le journal L'Éveil démocratique, bi-mensuel en octobre 1905, devient hebdomadaire en octobre 1906. Le Sillon s'oriente désormais vers l'action politique, Marc Sangnier est candidat aux élections législatives, à une élection partielle en 1909, puis aux élections générales en 1910.

Le Sillon, dès son début, se situe sans hésitation sur le terrain républicain. Ses militants n'ont pas, comme d'autres catholiques français, à se "rallier" conformément aux instructions du pape Léon XIII. Ils acceptent le régime, sinon le détail des institutions. Ils adhèrent aussi aux valeurs patriotiques qu'incarne la République.

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le pape Léon XIII (1878-1903)

Mais quelle est leur vision de la démocratie, une des originalités majeures du Sillon ? Faut-il rappeler qu'à partir de 1905, la revue Le Sillon porte en sous-titre "revue d'action démocratique", et non plus "revue d'action sociale catholique". L'adjectif "démocratique" est porteur d'un sens fort et renvoie à la définition de la démocratie si souvent donnée par Sangnier à ses amis. "La démocratie est l'organisation sociale qui tend à porter au maximum la conscience et la responsabilité civique de chacun" (2) La démocratie est une organisation sociale, ainsi la définition n'est-elle pas d'abord politique et juridique. "Nous voulons, dit encore Sangnier, une démocratie organique, non une démagogie anarchiste. Nous ne sommes pas des individualistes" (3).

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Cette démocratie organiciste n'est pas collection d'individus, elle est faite de corps et de communautés. Le Sillon, comme le catholicisme social, reprend quelque chose de la critique traditionaliste d'une démocratie individualiste, mais les individus ne doivent pas être écrasés par l'organisation sociale. Au contraire celle-ci a pour fin première l'épanouissement de "la conscience et de la responsabilité civique de chacun". Si le Sillon récuse l'individualisme, il affirme le rôle essentiel de la personne. Ce sont les valeurs de la conscience et de la responsabilité qui sont au cœur de la société démocratique.

Marc_Sangnier_portrait
Sangnier (1873-1950)

Sangnier ne confond pas la démocratie avec l'anarchie ou la démagogie. Il ne considère pas que la démocratie consiste "à supprimer l'autorité et à la remplacer par la stupide tyrannie des aveugles majorités ; nous croyons au contraire fortifier le principe même d'autorité en élevant à la pleine dignité civique un nombre chaque jour grandissant de sujets" (4). L'effort démocratique consiste "à rendre participante" de la fonction de l'État "une élite chaque jour plus large et ouverte".

La démocratie n'est pas l'égalitarisme et réclame la naissance d'une élite. Forger cette élite démocratique invite à un œuvre d'éducation qui est au cœur du projet sillonniste. La démocratie a besoin de l'apport de l'éducation, elle a besoin aussi de l'apport moral du christianisme. Comme Tocqueville, Sangnier estime que le christianisme "en subordonnant l'intérêt particulier à l'intérêt général rend la démocratie possible".

Ces quelques observations fondées sur les textes de Sangnier repris dans L'Esprit démocratique suffisent à suggérer que la conception de la démocratie politique par le Sillon est différente de la démocratie chère à "l'idée républicaine" (5). Surtout, alors que pour les hommes politiques républicains, de Gambetta à Clemenceau, le politique est premier, préalable aux réformes sociales éventuelles, le Sillon est d'abord tourné vers le social. La construction d'une démocratie sociale est l'exigence première.

Jean-Marie Mayeur, extrait de "introduction" à
Le Sillon de Marc Sangnier et la démocratie sociale.
Actes du colloque des 18 et 19 mars 2004, Besançon,
éd. PU de Franche-Comté, 2006, p. 7-9.

(1) Renvoyons au livre de référence de Jeanne Caron, Le Sillon et la démocratie chrétienne, Plon, 1966, et regrettons que cette thèse n'ait pas été rééditée.
(2) Marc Sangnier, L'Esprit démocratique, p. 167.
(3) Ibid., 26 février 1905, p. 172.
(4) Ibid., p. 174.
(5) On fait allusion au livre classique de Claude Nicolet, Gallimard, 1982.

 

7162276

 

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mardi 23 décembre 2008

démographie saint-chamonaise

Saint_Chamond_personnages



la population à Saint-Chamond

de 1820 à 1962


                                            habitants                       ménages                    maisons

                        1820              6 274                    1 551                    --
                        1822              6 528                        --                            --
                        1836              9 001                    2 318                    --          
                        1841              8 024                    2 153                    --         
                        1846              8 406                    2 218                   744
                        1841              8 675                    2 299                   799
                        1866            11 803                        --                      --
                        1891            14 963                    4 353                 1 040
                        1896            14 315                    4 390                 1 044
                        1901            15 569                    4 706                 1 163
                        1906            14 430                    4 439                 1 080
                        1911            14 897                    4 780                 1 118
                        1921            15 885                    5 354                 1 159
                        1926            15 468                    5 307                 1 158
                        1931            14 842                    5 287                 1 013
                        1936            14 711                    5 255                 1 276
                        1946            14 820                    5 229                 1 300
                        1954            15 580                    5 529                 1 357
                        1962            17 256                    5 694                 1 403

sources : archives municipales


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dimanche 1 juin 2008

Jean de la Rive, d'après M. Fournier

Diapositive1

 

les idées de Jean de la Rive

M. FOURNIER (1949) *

 

Qui ne connaît, à Saint-Chamond, ce vieux maître d'école qui, pendant près de quarante ans, a élevé des générations d'enfants et leur a versé, dans l'âme et dans le cerveau, ce qu'il avait en lui de plus précieux, un peu de science et beaucoup de bonté ?

Un élève était pour lui un fils. D'un coeur toujours ému, il le enfants_Saint_Chamond_avant_1911recevait des mains d'une mère, il l'adoptait aussitôt, lui souriait et, quand il l'avait apprivoisé, cherchait à découvrir le mystère de ses yeux innocents. Et, tout doucement, sans jamais l'abandonner, il l'inclinait vers l'effort, le bien, le devoir.

Mais pourquoi essayer de vous retracer ce que fut Jean de la Rive ? Interrogez ces anciens élèves devenus des hommes, des pères de famille, ils vous diront qui il était.

Il n'est plus à présent, qu'un long vieillard penché qui se promène, d'un pied mal assuré, le long des rues, contemplant une muraille qui fait surgir en lui les souvenirs du passé, suivant des yeux un jeune couple qu'enchante l'Amour, prenant plaisir aux jeux de bambins dépenaillés qui seront peut-être, un jour, des héros, abordant d'un mot amical des ancêtre qui, dans leurs rides, leurs mains décharnées, portent l'empreinte des dévouements, des sacrifices, des abandons, des peines, des misères, parmi lesquels ils ont vécu.

Il aurait pu, comme tant de ses collègues, cacher à ses élèves sa décrépitude, aller chercher, là-bas, les vastes horizons, baigner ses faibles yeux dans l'azur profond d'un soleil du Midi, entendre la musique des cigales et se laisser pénétrer par les parfums qui dévalent les côteaux brûlants de la plaine. À toutes les exhortations des siens, il ne sait que répondre :

- J'ai vécu là, dans cette petite ville déshéritée et j'y mourrai. N'est-ce donc rien, pour ceux qu'on a pétris en quelque sorte, modelés, que de vouloir partager jusqu'au bout leur humble sort ? Si je ne suis plus, à présent, qu'une ruine, eux savent quelle flamme brûlait jadis en moi ! Leur tourner le dos, les quitter, quand mes forces m'abandonnent, ce serait une lâcheté, une trahison ! On ne se donne pas deux fois. Je me suis donné à eux et leur reste fidèle. Qu'ils soient au moins comment finit un homme qui a accompli, de son mieux, une grande tâche et qui descend au tombeau simplement, en pardonnant à tous, même aux méchants qui ne savent pas ce qu'ils font. Ce sera ma dernière leçon, la meilleure...

Surtout, ne prenez pas Jean de la Rive pour un songe-creux, un chevaucheur de chimères, un de ces êtres veules qui tremblent devant les puissants, qui acceptent le mal et restent indifférents quand leur voisin est victime d'une injustice. S'il est, au fond, le plus tendre des hommes, il est aussi celui qui ne veut pas se laisser abuser par les discours, les attitudes, les théories des faux prophètes.

Lisant chaque jour une page des Essais de Montaigne, c'est sans flatterie qu'il se juge et juge les autres. Voir clair en lui et chercher à découvrir les mobiles secrets qui font agir ces annonciateurs d'un monde nouveau,074 prélude de l'âge d'or, où les êtres humains seront soumis à une administration despotique, entraînés dans un tourbillon infernal où la Machine sera l'idole, où l'âme, l'esprit, le coeur, le Ciel seront bannis, voilà ce qui parfois l'obsède et le tourmente, quand il se penche sur le livre des Destinées.

Comme il y a loin encore jusqu'à cette Cité future rêvée par Jaurès "habitable pour tous et réservant à tous la vision de la beauté et le repos de la félicité !".

Certes on pourrait, par une éducation bien entendue, assurer, diriger, hâter le progrès social, si on ne comptait ni avec les passions ni avec les intérêts, ni avec les vices.

Et Jean de la Rive s'interroge et se demande anxieux :

- Que deviendront la liberté humaine et les valeurs spirituelles dans ce monstrueux organisme qui s'élabore dans l'ombre et qui menace l'univers entier ? Tant de siècles de civilisation vont-ils aboutir à cet État-Providence qu'on nous fait entrevoir, livré à des scribes anonymes, sans visages, sans entrailles, jetant ou reprenant d'une main indifférente les signes trompeurs de la richesse ?

Ah ! s'il pouvait dire à ces novateurs astucieux qui aiment volontiers à s'envelopper de voiles et de mystère :

- Vous voulez sincèrement le bonheur de l'enfant qui vient de naître, imitez femmes_de_Provencedonc les vieilles femmes de Provence qui présentaient autrefois à la jeune mère, en guise de présent, une couple d'oeufs, un quignon de pain, un grain de sel et une allumette, et elles ajoutaient à leur don cette formule : "Mignon, sois plein comme un oeuf, sois bon comme le pain, sois sage comme le sel, sois droit comme une allumette".

Fort et courageux dans la conquête des biens terrestres, bon, sage, droit et fier, comme il convient à un homme libre, n'est-ce pas le modèle qu'il s'ets proposé jadis, lui, Jean de la Rive, dans son oeuvre d'éducation nationale ?

Les épreuves, hélas ! ne manqueront pas, plus tard à ces enfants, dans l'exercice de leur métier d'hommes, il ne le sait que trop ! mais du moins, en les quittant, au seuil de l'adolescence, il leur avait laissé un viatique : il les avait voués pour toujours à la patrie, à l'honneur, au devoir.

Que ne pouvez-vous apercevoir tout ce qui fermente, bouillonne dans ce vieux coeur usé qui a conservé pour ce qui, dans la vie, est vrai, généreux et noble, une extraordinaire fraîcheur !

Homme de foi profonde, c'est avec tristesse qu'il voit le culte s'égarer dans la pratique de saints, plus ou moins authentiques, qui finiront par ternir, obscurcir, effacer la grande figure du Christ.

Sans jamais être sectaire, il compta parmi les troupes d'avant-garde et se détourna de la politique militante, quand il vit les partis s'y heurter pour la conquête des places, des prébendes, des honneurs et l'assouvissement de leurs basses rancunes.

Le sport lui sourit, jusqu'au jour où il vit les foules se précipiter dans les stades, pour applaudir des champions que les clubs achètent, revendent, se disputent, se repassent, comme des poulains au champ de foire.

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À ces vains jeux du cirque, qui rappellent les plus mauvais jours de l'Empire romain, il oppose la méthode suédoise, moins spectaculaire, accessible à tous, et qui aurait pu sauver notre race d'une lente mais certain déchéance.

Que de bien pourrait faire le journal dans une démocratie, s'il était libre, indépendant, rédigé par d'honnêtes écrivains, moins soucieux de flatter les passions de leurs lecteurs que de les instruire ! Hélas ! tous portent la cocarde de leurs maîtres, battent pour eux du tambour, devant les urnes. Qui dispose de la presse, dispose des suffrages. le succès couvre tout. La loi du nombre est souveraine...

Il avait mis dans le cinéma bien des espoirs qui ont été déçus. Cette belle découverte française devait, selon lui, propager les chefs d'oeuvre, étaler, sous les yeux, le vrai visage du monde, nous faire participer à la vie de l'ouvrier dans son usine, aux travaux de la ferme, aux secrets des laboratoires, rendre sensible tout ce qu'il y a de poésie dans la nature. Ce n'est plus aujourd'hui qu'un spectacle grossier et de mauvais goût, d'où l'art a disparu.BranlyLab05

Que n'a-t-on fait de la radio, cette bouche aux résonances infinies que le Français Branly [ci-contre] et l'Italien Marconi ont donnée au monde ? Quand les plus belles voix, les plus sages, les plus représentatives devraient se faire entendre par elle, ce ne sont, le plus souvent, que propos de turlupins, musiques nègres, arlequinades, vains bruits de foules en délire. Cependant l'humanité inquiète, si longtemps martyrisée, attend toujours la parole insigne qui, portée par les ondes, dissipera les haines, rassurera les esprits, fera tomber des mains des violents les armes criminelles.

L'école qu'il a tant aimée, qu'il a défendue contre le fanatisme, qu'il a voulu soustraire à l'emprise des idéologies malsaines, des factions partisanes, pour en faire une sorte de temple vénéré de tous, où des âmes d'enfants pouvaient s'épanouir librement, dans une atmosphère sereine, épurée, n'a-t-il pas vu, lui, Jean de la Rive, quelques-uns de ses jeunes maîtres la quitter cette maison de l'amitié, et lui préférer le tumulte et les criailleries du Forum ! Les malheureux ! N'ont-ils donc pas senti, au fond d'eux-mêmes, combien la mission de l'éducateur l'emportait sur le métier d'histrion, de batteur d'estrade ?

Lui, le grammairien, le lexicographe, en est venu à maudire les mots qui se font les complices du mensonge. Arrêté devant une affiche de propagande, il parcourt des yeux cette phraséologie pitoyable, qui cache sa perfidie sous un débordement d'épithètes barbares, toutes gonflées de venin. Il s'éloigne en haussant les épaules. La vérité ne s'exprime pas ainsi, remarque-t-il, et n'a pas besoin de s'affubler de ces oripeaux pour nous convaincre. Faut-il que ces démagogues, ces trublions, ces sinistres fantoches le méprisent, le peuple, pour essayer de le piper avec de si grossiers artifices !

- Quel pessimisme, ce Jean de la Rive, ne manquerez-vous pas de dire, mais ce malheureux voit tout en noir ! Avec de telles dispositions, combine triste doit être sa compagnie !

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la rue Victor Hugo à Saint-Chamond avant 1907

Détrompez-vous ! Ce censeur bénévole est resté affable, accueillant, doux, sensible à la beauté. Il a vécu, entre l'ironie et la pitié, avec une âme bienveillante, ne se laissant pas entamer par le doute, malgré tant d'expériences désastreuses, conservant une foi invétérée dans les destinées de son pays et le triomphe de la démocratie. Il voudrait que la République n'eût qu'un mot pour devise : Fraternité ! Ah ! l'heureux jour, où chacun se tenant par la main, toutes classes confondues, il verrait le Peuple, débarrassé enfin de ses mauvais bergers, ayant retrouvé les vertus d'autrefois, s'acheminer, vers la Lumière, sous la conduite des élites, en clamant aux échos sa joie de vivre !

 

M. Fournier, Tableaux de la vie saint-chamonaise, 1949, p. 9-14

 

 

 

* les propos de cet auteur n'engagent que lui, bien sûr...

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mercredi 28 mai 2008

évocation du souvenir de personnalités locales (1949)

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le jardin public à Saint-Chamond


les serviteurs de la cité

M. FOURNIER (1949)


Assis sur un banc du Jardin public, Jean de la Rive aimait à s'entretenir avec Jean Callet, un bon bourgeois de quatre-vingt-dix ans, dont la verdeur, la mémoire fidèle, la connaissance du passé, l'émerveillaient toujours.
- Ah ! lui disait-il souvent, quel dommage que tant de souvenirs précieux soient10448545_p perdus pour la génération présente ! Les êtres collectifs, les peuples, comme le prétendait Balzac, sont hélas ! sans mémoire. Ces jeunes filles qui passent au pied du monument Carnot, ces ouvriers qui se hâtent à l'appel des sirènes, que savent-ils de leur ville ? Rien ou presque rien !

Ils auront vécu, au milieu de murs anonymes, retenant à peine le nom de quelques rues, lu les faits divers de leur journal, voté sans enthousiasme pour des inconnus qui sollicitent leurs suffrages, sans même s'enquérir si ces gens-là ont un métier, une famille, d'honnêtes ressources et s'ils réunissent les qualités intellectuelles et morales pour la tâche qui les attend. Et l'on s'étonne que tant d'incapables, de profiteurs avides, de menteurs effrontés, de braillards vilipendeurs, arborant à leur chapeau la cocarde d'un parti, montent à l'assaut du pouvoir, exigent places, prébendes, faveurs, pour eux et leur clientèle, et finalement déshonorent le régime !

À quoi Jean Callet répliquait, avec un éclair dans ses yeux malicieux.
- Lequel de nos concitoyens pense encore à Briand [ci-contre] qui, débarqué chez nous en chapeau haut de forme,Phototh_que___2746 redingote et cravate ample a, au début de sa carrière, fait retentir les murs de la Salle des Conférences de sa voix sourde et magnifique ? Un révolutionnaire, vaguement anarchiste, qui a bientôt évolué et s'est fait, par la suite, comme ministre, le défenseur de l'ordre et, sur le plan diplomatique, l'apôtre de la paix universelle ! C'était, au demeurant, un bohème peu cultivé, que dupa facilement Stressmann, mais qui avait reçu du Ciel ou peut-être de l'enfer, le don de galvaniser les foules. Jamais je n'oublierai, pour ma part, cette espèce de fascination qui s'emparait de ses auditeurs, quand ils fixaient ce masque de tribun, dont la pâleur tragique ressortait entre une énorme moustache et une débordante chevelure d'ébène. De ce qu'il avait dit, il ne restait rien ou peu de choses dans l'esprit, mais durable était l'impression que le son de sa voix passionnée avait laissée en vous.

- Et il s'en est allé, continuait Jean de la Rive, sans une pensée pour la ville qui était à l'origine de sa fortune, laissant à des héritiers inconnus des millions inutiles, croyant avoir abattu le spectre de la guerre, lequel depuis est apparu plus effrayant que jamais et - chose presque incroyable  ! - à demi réconcilié avec l'Église, qu'il avait pourtant contribué à séparer d'avec l'État. Du passage de ce météore, à travers notre ciel charbonneux, qu'est-il resté ? Une pincée de cendre que dispersa bientôt le vent !


ces providences humaines...

De sa petite voix grasseyante, Jean Callet poursuivait :

- Les Dugas-Montbel [ci-contre], les Ennemond Richard, les Germain Morel, les Jules Duclos, tous sortis du peuple,Dugas_Montbel_buste quels exemples à mettre en parallèle avec tout ce petit monde d'intrigants, de bavards et d'inutiles !

Le premier, né en 1776, grand helléniste, qui fut député sous Charles X, et protesta contre les Ordonnances, enseigne la prévoyance aux humbles, soustrait leurs économies aux griffes des filous, en fondant, en 1834, une des premières Caisses d'épargne de France, la nôtre, et laisse à sa ville une bibliothèque d'une valeur inestimable.

"Par ses métiers perfectionnés, dont il avait trouvé le prototype chez un marchand de bric-à-brac, à Paris, Ennemond Richard donna un prodigieux essor à l'industrie toute nouvelle du lacet, qui fait vivre aujourd'hui des milliers d'ouvrières.

Germain Morel, né en 1820, fils d'un modeste forgeron, ouvrier lui-même, devenu ingénieur, invente les bandages sans soudure pour les roues des wagons. Confiant dans son génie, il jette, avec les Petin-Gaudet, les fondements des Aciéries de la Marine, tandis que le moulinier Jules Duclos, mal soutenu par son Conseil, d'effraye l'ampleur de ses projets, fait édifier, sur les plans de M. de Montgolfier, la grande muraille qui retiendra les eaux du Ban.

place_Germain_Morel
place Germain Morel à Saint-Chamond, avant 1905

Ceux-là étaient des hommes, dans toute la beauté du terme ! Probes, loyaux, désintéressés, gens d'honneur, luttant avec une rare énergie pour la défense des intérêts de leurs concitoyens, qu'ils confondaient avec les leurs.

Si Dugas-Montbel, cet ami de Ballanche, d'Ampère, est mort, en 1834, dans la sérénité d'un sage ami des Muses, les épreuves n'ont pas manqué aux autres. Il a fallu à Ennemond Richard vaincre certaines résistances de ses confrères, triompher de la routine, pour faire accepter ses métiers, dont le grand avantage est de se prêter aux fabrications les plus variées.

Dépouillé du fruit de son invention, à demi ruiné par des maîtres de forges rivaux, qui avaient été ses associés, Germain Morel a eu l'amertume de voir le nom des Petin-Gaudet substitué au sien, au fronton de l'usine qu'il avait fondée, au Pré-Château. De désespoir, le 2 septembre 1852, il s'est fracassé la tête en se jetant dans la rue, du haut de son balcon. Il avait 33 ans !mur_du_barrage_de_la_Rive

Abandonné de tous, risquant sa popularité, pour la fabrication de sa grande idée, Jules Duclos vint, chaque jour, de 1866 à 1870, inspecter les travaux du barrage de la Valla. Ce n'est que, quand l'oeuvre fut achevée, qu'il commença à dormir tranquille. [ci-contre : mur du barrage de la Rive, en hiver - source]

Soyons reconnaissants à ces providences humaines qui, pour notre bonheur, se manifestent parfois au sein de la cité."

Et Jean de la Rive de conclure, dans un geste désolé :

- Des noms, de simples noms, sur une plaque d'émail, au coin des rues, voilà ce que lisent, de leurs yeux distraits, nos jeunes d'à-présent. Que n'apprennent-ils aussi à connaître les vertus de ceux qui, par-delà le tombeau ont préparé leur avenir !

M. Fournier, Tableaux de la vie saint-chamonaise, 1949, p. 29-32


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