Saint-Chamond_(Loire),_Couvent_des_Capucins,_1601,_aujourd'hui_disparu

 

 

le couvent des Capucins (1601)

à Saint-Chamond

 

  • Le couvent des Capucins doit sa création à Jacques Mitte de Chevrières (1549-1606) qui devint seigneur de Saint-Chamond par son mariage (1577) avec Gabrielle d'Urgel de Saint-Chamond, seule héritière de cette seigneurie. Son fils le plus connu est le célèbre Melchior Mitte de Chevrières (1586-1649). Gabrielle d'Urgel de Saint-Chamond meurt le 1er janvier 1596. Jacques Mitte de Chevrières épouse en secondes noces Gabrielle de Gadagne en 1601.
  • Le récit de la fondation des Capucins à Saint-Chamond est fourni par James Condamin, dans son Histoire de Saint-Chamond et de la seigneurie de Jarez (1890) :

 

Condamin, couv

 

la fondation au début du XVIIe siècle

«Vers la fin de l’année [1602], Gabrielle de Gadagne lui donna un fils, qui reçut le nom de Jean-François. Mais au mois de mai (1), "il avait voulu, observe le Généalogiste, pourvoir à sa dernière demeure, et, se ressouvenant qu’il était chargé, par le testament de sa première femme, d’employer six mille livres en œuvres pies, telles qu’il lui plairait, il crut ne pouvoir mieux les placer qu’en fondant un couvent des Capucins, ce qu’il fit à Saint-Chamond, au bout de son jardin, où il en fit commencer le bâtiment l’an 1601".

Dans le débat qui s’éleva, en 1604, entre le seigneur et ses vassaux, Jacques de Chevrières relèvera, pour sa défense, qu’il a "fait commencer l’édification de l’un des plus beaux monastères de Capucins du royaume, qu’il a heureusement fait parachever pour le bien et pour un insigne ornement de splendeur de la ville de Saint-Chamond, laquelle était auparavant entièrement destituée de religieux, et l’exercice de la religion fort petit en icelle à cause de la rareté et de la pénurie des gens d’église" (2).

Enfin, en 1606, quand il restera à Septème, il rappellera qu’il a "fait édifier ce couvent en la mémoire de feu dame Gabrielle de Saint-Chamond, sa première femme", et il déclarera qu’il y a "employé pour partie de la fabrique, 6 000 livres, qu’elle avait ordonné, par son testament, pour œuvre pie à sa dévotion".

Le couvent des Capucins, construit "au bout du jardin" du château, était, malgré sa position élevée sur la colline (3), d’un abord relativement facile. On y accédait, en effet, soit par le pont de la Boucherie, en longeant les murs du château ; soit par la rue dite "des Capucins", rue grimpante qui s’ouvrait sur l’un des angles de la Croix-de-Beaujeu [auj. place de l’Égalité], à droite ; soit par la rampe à escaliers qui, encaissée entre de hautes et fortes murailles, porta dès lors le nom de "Degrés des Capucins". C’est de ce couvent que sortiront, en 1628, les religieux admirables qui, pendant la peste, payeront de leur vie leur dévouement aux malheureux (4).

Cependant les dépenses occasionnées au seigneur par cette construction (5) et par l’achèvement des travaux de fortification du château, jointes à celles qu’il avait dû faire pour servir le roi, obligèrent Jacques de Chevrières à aliéner quelques-uns de ses domaines. (…)».

James Condamin, Histoire de Saint-Chamond
et de la seigneurie de Jarez
(1890), p. 285-287.


1 – Le Généalogiste semble croire que la construction du couvent des Capucins ne fut entreprise par le seigneur qu’après la naissance de son fils Jean-François (Cf. Diana, IX, 177). Ce fut plusieurs mois auparavant qu’il la fit commencer. Le témoignage de Ravel-Montaigne est formel, à cet égard : "L’an 1601, au moys de may, a esté commencé a bastir le couvent des Capucins à Sainct Chamond, par M. Nicolas Syber et Claude Gaumond, maistre charpentier et maçon du dict Sainct Chamond" (Livre de famille).
2 – Le seigneur fait remarquer ensuite que, au moment de la construction, les habitants n’ont "voulu y contribuer en aulcune chose". Cf. le Ms. N° 79, à la bibliothèque de Saint-Étienne.
3 – Le couvent des Capucins et ses dépendances se trouvent très nettement indiqué sur le Plan de 1771, que l’on trouvera plus loin [p. 477 du livre de Condamin].
4 - Jusqu’à la Révolution, les Capucins remplirent, à Saint-Chamond, un ministère très actif. Chargés de l’aumônerie de l’Hôpital, et prédicateurs ordinaires des confréries dans les paroisses, ils furent mêlés étroitement, pendant presque deux siècles, à la vie religieuse de notre cité.
5 – Il est assez clair que, bien qu’encore inachevée, la construction n’avait pu être faite avec le seul legs de 6 000 écus, donné par Gabrielle de Saint-Chamond.

 

 

la reconstruction en 1751

James Condamin note que Charles Auguste de la Vieuville (1726-1797), marquis de Saint-Chamond mais surtout militaire que son origine et sa carrière maintinrent loin de Saint-Chamond, fit entreprendre le 20 avril 1750, de son concert avec sa sœur aînée, Mme la marquise de Custine, «la reconstruction et l'agrandissement du couvent des Capucins».

Histoire de Saint-Chamond et de la seigneurie de Jarez (1890), p. 466.

 

 

image du couvent des Capucins en 1771

 

vue du Château, plan 1771 (1)
plan de 1771 : le château de Saint-Chamond et ses alentours ; à droite, ls Capucins

 

vue du Château, plan 1771 (2)
plan de 1771 : le couvent des Capucins et ses jardins

 

Capucins sur plan 1771

 

 

 

le couvent des Capucins sous la Révolution

L'abbé James Condamin relate ce qui est arrivé aux Capucins sous les années révolutionnaires :

«Le couvent des Capucins et celui des Minimes furent frappés, à leur tour, comme l’étaient la Collégiale et les Ursulines.

Les Capucins s’étaient donné le tort, irrémissible aux yeux des patriotes du temps, de rester fidèles à leur Dieu et à leur conscience et de ne point pactiser avec le clergé assermenté de la ville. De là, grande colère et menace d’expulsion. Ils furent accusés en effet d’empêcher "l’union dans les ménages".

Cependant ils avaient fait une pétition le 18 janvier 1791 pour obtenir que "le couvent qu’ils possédaient leur fût affecté comme maison de retraite", et leur requête avait été agréée. Mais, à un an de là, les événements avaient marché : des prêtres assermentés avaient remplacé les curés et les sociétaires de nos paroisses, lesquels avaient mieux aimé s’exiler que de prêter serment à la Constitution, et des mesures radicales avaient été prises contre toutes les communautés religieuses.

Les Capucins persistèrent à rester. Emmenés prisonniers chez MM. Vinant et Bertholon, par quelques soldats de la garde nationale, le 3 février 1792, ils pouvaient, le soir même, profiter de l’absence de surveillance, rentrer dans leur monastère et adresser en hâte une pétition au directoire de Saint-Étienne. Mais, précaution inutile. À quelques jours de là, l’effervescence était à son comble : on cernait leur couvent avec deux cents hommes d’armes, et les religieux, accablés de mauvais traitements, étaient odieusement poursuivis jusqu’au Logis-Neuf, presque aux portes de Lyon (1)».

James Condamin, Histoire de Saint-Chamond
et de la seigneurie de Jarez
(1890), p. 497.

1 – L’histoire du siège du couvent a été racontée en détail dans un poème épique, en quatre chants, La Capucinade, par un ancien vicaire de Saint-Pierre, l’abbé Combry, qui devint prêtre assermenté. Une intéressante réédition de cette œuvre a été donnée, en 1886, avec une introduction et des notes par M. Gustave Lefebvre.

 

La Capucinade, édition 1886, couv
La Capucinade (1792), de l'abbé Combry ;
réédité en 1886 par Gustave Lefebvre

 

La Capucinade, page titre
La Capucinade (1792), de l'abbé Combry ;
réédité en 1886 par Gustave Lefebvre

 

 

les sœurs Saint-Charles, au XIXe siècle

Après le départ forcé des Capucins sous la Révolution, leur couvent est resté sans inhabité. James Condamin évoque les nouvelles occupantes : les sœurs de Saint-Charles, une congrégation féminine fondée à Lyon en 1680 et destinée à l'éducation des enfants :

«À quelques mois de là [1889], dans le voisinage, un autre événement se passait, lequel avait pour théâtre, non plus l'ancien château, mais l'ancien couvent des Capucins. Les religieuses de Saint-Charles, qui avaient occupé, dans ce siècle, les bâtiments contigus à l'aile orientale de l'Hôtel-Dieu, transférèrent leur Maison dans le couvent qui venait d'être réparé.

La position est à souhait pour un pensionnat : la vue y est superbe, l'air pur et les bâtiments très vastes. Ces dames ont fait élver, il y quelqu trente ans, une chapelle qui complète heureusement la symétrie des constructions de la cour intérieure. L'appelation ancienne est restée néanmoins à l'établissement ; et, quand on parle du pensionnat des sœurs Saint-Charles, on dit encore : "Aux Capucins".

Aujourd'hui, comme au XVIIe siècle, on y accède soit par la rue du même nom, soit par les degrés, soit par un escalier intérieur qui se relie à ceux des immeubles voisins et débouche près du pont Saint-Pierre, soit enfin par le jardin de l'Aumônier, à quelques pas des anciennes écuries du château (fig. 309).»

James Condamin, Histoire de Saint-Chamond
et de la seigneurie de Jarez
(1890), p. 559-560

 

vue prise du jardin des Capucins (1890)
image du livre de James Condamin, p. 560

 

L'historien saint-chamonais Stéphane Bertholon donne les renseignements suivants à propos des sœurs Saint-Charles :

«Établies dès le commencement du XIXe siècle rue de l'Hôpital, elles transportèrent, en 1854, leur maison dans l'ancien couvent des Capucins et y ouvrirent un pensionnat qui fut toujours très prospère. La chapelle date de 1860, car celle des Capucins a complètement disparu. La persécution de 1904 les obligea à se séculariser ; mais leur pensionnat, auquel elles ont adjoint un externat, qu'elles ont en ville, continue toujours à fonctionner dans d'excellentes conditions».

Stépane Bertholon, Histoires de Saint-Chamond, 1927, p. 61.

 

 

le résumé de François Gonon (1945)

En 1945, François Gonon, a évoqué le couvent des Capucins dans son ouvrages : Notre vieux Saint-Chamond :

«Quelques mots sur le couvent des pères Capucins dont la chapelle fut fondée par Jacques Mitte de Chevrières en 1601. Cette communauté fut d'abord très prospère. Les sermons de Notre-Dame étaient ordinairement prêchés par un des pères Capucins (il recevait six francs par sermon).

Pour la grande peste de 1628, le dévouement des pères causa la mort de quatre d'entre eux ; leurs noms sont conservés. Peu avant la Révolution, la maison avait bien décliné, il ne restait plus que quatre ou cinq religieux dont l'expulsion fut décidée par les révolutionnaires de la ville.

L'abbé Combry a retracé toutes les péripéties de ce dramatique incident en un long poème : La Capucinade. ces quatre pauvres religieux furent arrachés de force de leur maison pour être conduits chez Vinant, l'aubergiste du pont Saint-Jean, où la troupe se mit à boire oubliant complètement leurs prisonniers qui, libres, remontèrent chez eux, d'où ils furent expulsés une nouvelle fois par une troupe plus nombreuse qui les conduisit sur la route de Lyon, où ils furent abandonnés, tombant de fatigue et de faim. Ce fut la fin du couvent des Capucins.

Agrandi, réparé, plus tard, il devint la maison d'éducation des sœurs Saint-Charles qui l'occupent encore de nos jours».

François Gonon, Notre vieux Saint-Chamond, 1945, p. 26-27.

 

 

le cadastre de 1880

On voit bien sur le cadastre de 1880 les terrains occupés par l'institution des sœurs Saint-Charles, la chapelle donnant sur la rue des Capucins, et la montée des Capucins qui longe la limite orientale de l'ancien couvent.

 

cadastre 1880
sur le cadastre de 1880 (archives municiplaes de Saint-Chamond)

 

 

la montée des Capucins, hier et aujourd'hui

La lecture de James Condamin nous apprend que la «rampe à escaliers» était antérieure à la fondation même du couvent des Capucins puisqu'il dit qu'elle : «porta dès lors le nom de "Degrés des Capucins"» (p. 286). Aujourd'hui, on l'appelle "montée des Capucins".

 

monté des Capucins, 11 août 2018, vers 11 h (3)
montée des Capucins (2018), autrefois appelée "Degrés des Capucins"

 

Degrés des Capucins, dessin Mme Joanny Condamin, 1890
"Degrés des Capucins", dessin de Mme Joanny Condamin (1890)

 

 

la carte postale du début du XXe siècle

Les restes du couvent des Capucins furent détruits en 1972. Au début du XXe siècle, une carte postale en donne une image que l'on peut comparer à l'état actuel de la rue des Capucins.

Je me suis posé la question de savoir si la porte, à droite sur la carte postale, pouvait être le débouché de la montée des Capucins. Il n'en est rien. Celui-ci se trouve beaucoup plus bas dans la rue, face à la maison verticale qui existe toujours.

 

débouché montée des Capucins

 

 

l'autre carte postale

Il s'agit d'un plan plus rapproché.

 

les Capucins, cpa

 

 

 

souvenirs de Saint-Chamonais

Stéphane Garrido, natif de Saint-Chamond et toujours fidèle à cette ville, raconte à propos des religieuses qui tenait le pensionnat : «ma mère se souvient d'un vêtement de couleur violette» et «la mère Supérieure faisait monter mon arrière-grand-père pour leur tuer des lapins» (août 2018).

Lucienne Péan Allirand : «le vêtement était bleu violine et la coiffe avait autour de la tête comme un diadème gaufré blanc» (août 2018).

 

 

à l'endroit du couvent, aujourd'hui

 

rue des Capucins, 15 août 2018, vers 18 h (1)
rue des Capucins, 15 août 2018, vers 18 h : atelier menuiserie du lycée professionnel à l'endroit de l'ancien couvent

 

rue des Capucins, 15 août 2018, vers 18 h (arrière 1)
l'arrière de la rue des Capucins, 15 août 2018, vers 18 h : l'endroit occupé par l'ancien couvent

 

rue des Capucins, 15 août 2018, vers 18 h (arrière 2)
l'arrière de la rue des Capucins, 15 août 2018, vers 18 h : l'endroit occupé par l'ancien couvent

 

 

Michel Renard
professeur d'histoire

 

 

rue et montée des Capucins, plan
la rue et la montée des Capucins à Saint-Chamond, Google maps, 2018

 

 

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