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Saint-Chamond, devant l'usine de Tresse, avant 1914



Entre la classe sociale et la cité :

identité et intégration chez les ouvriers

de Saint-Chamond, 1815-1880

Elinor ACCAMPO (1982)



résumé
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, un important prolétariat industriel naît à Saint-Chamond du textile et de la métallurgie lourde. L'absence de tout mouvement ouvrier dans la ville est d'autant plus remarquable qu'il se développe dans les cités voisines et à partir des mêmes secteurs. Cet article suggère que cette absence de conscience collective tient en partie à ce que la géographie sociale entraînée par le développement industriel n'a pas provoqué de ségrégation de l'habitat ouvrier susceptible d'aider à un sentiment d'identité et à un sens de la communauté propres aux travailleurs. Au contraire, ceux-ci ont été bien intégrés dans une ville qui se distinguait déjà par la force de l'influence qu'y exerçait un patriciat commercial ancien et dévot. Appuyé sur la reconstitution des familles et l'utilisation des actes de naissance, de mariage et de décès, il voudrait montrer ce qu'on peut tirer de l'état civil pour une étude des sociabilités.


article
En 1927, un journaliste local, Stéphane Bertholon, publiait une série d'articles sur sa ville natale, Saint-Chamond. Il avait été amené à les écrire par le désir de conserver quelque chose du passé dans une période de bouleversements. Les années 1870, pensait-il, avaient marqué un virage dans l'histoire de sa ville. Le conseil municipal cessa alors de se recruter parmi les seuls notables, "triés sur le volet" ; il passa au contraire sous la domination d'hommes nouveaux à Saint-Chamond et dont les ambitions étaient "plus politiques que pratiques". Cette mutation au niveau des élites dirigeantes traduisait un changement plus profond, bien antérieur aux années 1870, et dont Bertholon avaient une conscience très claire : "la grande usine métallurgique, amenant à notre ville une quantité d'étrangers qui s'y fixèrent et y prirent droit de cité submergeant les gens du pays et leur imposant, grâce à la politique, des municipalités que n'animait pas, comme précédemment, l'amour de l'intérêt de la ville... Et à cause de cette invasion étrangère, la race des bons vieux Saint-Chamonais d'antan tend à se perdre de plus en plus" (1).

Il réagissait ainsi à un phénomène de plus ne plus fréquent dans nombre de villes du XIXe siècle : l'afflux "d'étrangers" venus aussi bien d'une commune voisine que d'un pays étranger pour participer à la constitution de cette nouvelle classe proliférante qui, par son déracinement, menaçait automatiquement l'ordre bourgeois des petites cités marchandes. À maints égards, on peut voir en Saint-Chamond l'exemple classique d'une ville transformée par les métamorphoses multiples, technologiques, économiques et sociales, typiques de l'industrialisation. Jusqu'aux années 1840, les plus importantes de ses industries étaient la clouterie, la rubannerie, le moulinage et la passementerie. C'étaient des activités domestiques, familiales, organisées sur la base du système de la sous-traitance, le secteur soyeux prenant des... (à suivre)

Elinor Accampo (trad. Claire Auzias)


(1) - Stéphane Bertholon, Histoire de Saint-Chamond, notes et souvenirs d'un vieux Couramiaud, Saint-Étienne, 1927, p. 145. Histoires_Saint_Chamond_Bertholon_couv


- article paru la revue Le Mouvement Social, n° 118, janvier-mars 1982, p. 39-59

- achat de cet article en ligne (site américain)


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Elinor Accampo




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