063_pinay
maire de Saint-Chamond de 1929 à 1977

 

Antoine Pinay, 1891-1994


Dans l'Assemblée élues en 1951, avec une coupure droite-gauche qui tend à se rétablir, et une certaine supériorité à l'intérieur de la "troisième force", deux gouvernements émergèrent de l'instabilité chronique, celui d'Antoine Pinay et celui de Pierre Mendès-France.

Quant à l'évolution historique, elle s'achemine, dans ses grandes lignes, vers la prospérité économique, mais aussi la défaite en Indochine, l'ébranlement généralisé de l'empire colonial, et enfin vers la crise de conscience nationale de la C.E.D. Complexe faisceau ! après deux gouvernements éphémères, de Pleven puis d'Edgar Faure, c'est un modéré, Pinay, qui accède au pouvoir en 1952.

Antoine Pinay était né dans une petite ville de la Loire en 1891, fils d'un industriel de la chapellerie, à qui il se préparait à succéder. En fait, c'est son beau-père, également patron d'une entreprise moyenne (une centaine d'ouvriers), mais de tannerie, à Saint-Chamond, qu'il fut amené à remplacer après 1920.

Dans l'intervalle, il avait pris part à la guerre de 1914, brièvement mais courageusement, rescapé avec une grave blessure au bras et une flatteuse décoration. Sa famille et son éducation catholique le marquaient d'un rigoureux conservatisme provincial, avec cette forte culture du devoir social et du devoir civique que le centre-droit et le centre-gauche avaient de plus en plus consciemment en commun.

Patron compétent, au paternalisme efficace, il devient très vite le plus populaire et le plus honoré des notables de sa petite ville, et, malgré une modestie non feinte, il finit par en recevoir tous les honneurs : maire en 1929, conseiller général en 1934, député en 1936, sénateur en 1938.

En 1936, son élection de député avait fait barrage au candidat du Front populaire, un communiste. Pinay, quoique officiellement "clérical", avait été en fait sollicité et poussé en avant par le ministre de l'Intérieur Albert Sarraut, officiellement radical, lui, mais surtout anticommuniste. Même Édouard Herriot, en principe plus à gauche que Sarraut, tint toujours Pinay pour un de ses proches.

En 1940, Pinay a voté les pleins pouvoirs à Pétain, et Vichy l'a maintenu à sa mairie de Saint-Chamond. L'idéologie conservatrice et religieuse officielle de la Révolution nationale lui était naturellement proche, et son caractère le portait à penser que le devoir social consistait à rester parmi les siens pour les aider du haut de ses positions coutumières de maire et de chef d'entreprise. Cette apparence de collaboration lui valut en 1941 de figurer sur une première liste de membres proposés pour le Conseil national de Vichy. Il ne figura plus pourtant dans les suivantes, s'étant tenu à l'écart du pouvoir, et ayant fini par rendre de réels services à des persécutés et à des résistants.

Aussi la libération le vit-elle, comme bien d'autres, sanctionné dans un premier temps (il perdit sa mairie), puis promptement réhabilité et rendu à l'éligibilité. Il devait alors retrouver aisément ses sièges et ses mandats. Néanmoins, sous la IVe République, un homme qui était un notable catholique, un patron et un ancien vichyssois ne pouvait qu'être classé maintenant tout à fait à droite. Les communistes voient en lui le symbole deux fois détestable du pétainisme et du capital Il n'est pas sûr que leurs imprécations, démesurées comme elles l'étaient alors, aient desservi le député de la Loire, que le président Auriol, par exemple, prenait au sérieux et même estimait.

Pinay_Paris_MatchEn mars 1952, Antoine Pinay n'est pourtant pas encore un leader de premier plan ; il vient tout juste de faire ses premières armes ministérielles en 1951 dans les formations éphémères de Pleven puis d'Edgar Faure, mais jamais encore n'a été pressenti pour l'hôtel Matignon. Or voici qu'il obtient une majorité, sur la promesse d'un programme technique de lutte contre l'inflation par l'orthodoxie libérale : rigueur budgétaire et fiscale, emprunt, et appel à la confiance des épargnants. L'important surtout est que cette politique ait réussi parce que son appel à une sorte de tradition poincariste avait, si l'on ose dire, passé la rampe.

Effet propre de ces recettes, en heureuse concordance avec le renversement à la baisse du cours mondial des matières premières. Mais aussi vertu de ce qu'on appellerait aujourd'hui une "image", celle du politicien pas comme les autres. Taille moyenne, visage avenant mais plutôt grave avec la moustache courte à l'ancienne mode, costume strict, sans autre signe particulier qu'un inséparable petit chapeau rond en feutre ; et, au moral, toutes les présomptions de réalisme social et sensé que comportent la réussite dans l'économie locale, dans la gestion municipale, ainsi que la préférence donnée aux dossiers sur les discours.

Les socialistes ont refusé de s'associer à cette gestion trop classiquement libérale, c'est-à-dire, en principe, non sociale. Pinay cependant réussit à surmonter la crise financière en évitant toute dévaluation et tout impôt nouveau, grâce à des économies budgétaires et grâce à la confiance des possédants, séduits par une amnistie fiscale et par un emprunt indexé sur l'or et exonéré d'impôt. La crise, qui était pour une part conjoncturelle, s'achève et l'économie (mondiale) s'envole vers l'expansion. Ce sont déjà les premières des "trente glorieuses" (années) ainsi baptisées rétrospectivement par Jean Fourastié. L'euphorie économique etPinay_t_l_phone "l'image" de notable provincial traditionnel et rassurant donnent à Pinay une popularité supérieure à celle de tous ses prédécesseurs.

Contre le P.C., dont l'activisme révolutionnaire a frôlé l'émeute dans l'énorme journée de manifestations dures du 28 mai 1952 ("Ridgway la Peste"), son gouvernement mène une répression énergique et fait engager des poursuites pour complot (Jacques Duclos est même quelques jours emprisonné, affaire dite "des pigeons"). Contre le R.P.F., le coup est plus subtil. L'énergie conservatrice du président du Conseil séduit un certain nombre de députés élus sur les listes R.P.F., mais qui étaient plus hommes de droite que gaullistes ; ceux-ci votent un beau jour pour Pinay et entrent dans sa majorité ("dans le système", dit de Gaulle amer et les accusant aussi d'être "allés à la soupe"). Les purs demeurent dans un groupe R.P.F. réduit et moins important. Pour eux, comme pour le Général, ce revers marque le début de la "traversée du désert".

Pinay, cependant, ne fait pas de miracles partout. Il ne peut empêcher que l'armée piétine en Indochine sans pouvoir battre les maquisards, perdant même l'initiative. C'est le Viet-nam qui progresse vers le Laos, ce qui donna bientôt à l'état-major français l'idée d'aller fortifier Diên Biên Phu. Et les mouvements nationalistes, encore mal perceptibles en Algérie, lèvent la tête au Maroc et en Tunisie - au Maroc, autour du Sultan, en Tunisie, dans les maquis.

Maurice Augulhon, La République. 1932 à nos jours,
Hachette-Pluriel, 1992, p. 252-256.




Pinay_en_1983
Antoine Pinay, surnommé "le sage de Saint-Chamond", ici en 1983


Antoine Pinay est décédé le 13 décembre 1994

 

 

 

 


1117605081_Antoine_Pinay

liens :

- biographie sur le site de l'Asemblée nationale

- Antoine Pinay, sénateur (1938-1941)

- vidéos de l'Ina, consacrées à Antoine Pinay

- FR3 Rhône-Alpes : vidéo du 13 décembre 2014

pinay

 

Pinay_Time





04_CNIP_image_Pinaypinay_mPinay_petite_photo












Christiane Rambaud,
Pinay, Perrin, 1990.

Pinay_Paris_Match

Pinay_Ch


















Paris Match, no 162 du 19 avril 1952

 

 

- retour à l'accueil